Quid de l'efficience des forums pour l'emploi ?

Un malentendu et des torts partagés ?

 
Malgré les efforts déployés et les énergies dépensées, au propre comme au figuré, par l'ensemble des acteurs participants à ces forums pour l'emploi, force est de constater que les résultats obtenus sont fort loin des attentes et des objectifs espérés.

 

A l'origine, les forums pour l'emploi résultent de l'initiative d'institutionnels, désireux de soutenir l'activité professionnelle du citoyen sur le territoire, à faire se rencontrer des entreprises "recruteuses" et des particuliers, majoritairement en recherche d'emploi. Les résultats s'avèrent positifs : les entreprises concluent des embauches dans de bonnes conditions, des chômeurs ne le sont plus et l'organisateur réussit sa mission de service public.

 

Depuis, le chômage de masse, les changements dans les modes de recrutement, les dévoiements marketing de certaines entreprises, l'impréparation grandissante des publics en recherche d'emploi et l'intrusion de considérations électoralistes des organisateurs contribuent à l'inflation du nombre de ces manifestations, rassemblements devenus un véritable "marché évènementiel" en croissance constante et renforcée par des démarches similaires conduites par le monde de l'enseignement supérieur, où chaque école, chaque université veut son forum.

 

Quelques constatations peuvent aisément faire comprendre comment la situation s'est dégradée. Dans son analyse, FEE opte volontairement pour une approche par acteurs, [entreprises, organisateurs, publics], de façon à montrer que, sauf à la marge, il n'y a aucune volonté délibérée de leur part à dévoyer le dispositif mais plutôt un glissement progressif de pratiques non concertées.

 

L'entreprise, a priori au cœur du recrutement, regroupe trois catégories : les grandes enseignes, les PME-ETI et les entreprises publiques partenaires obligés qui viennent souvent sur ces forums en tant que centre d'information et de documentation. A l'exception des PME-ETI, minoritaires, qui ne se déplacent que pour des besoins réels et ciblés, la grande majorité des entreprises présentes sont des groupes qui viennent en "pré-repérage" de candidats. Leur objectif est d'accueillir, renseigner et inciter les visiteurs à postuler sur leur site en ligne, où figurent les postes à pourvoir. Pour elles, il s'agit d'un premier filtre pour trier les nombreuses candidatures. Lorsque les candidatures en ligne [pour les plus sérieuses] "croisent" une visite au stand du forum, elles deviennent alors effectives.

 

Pour d'autres entreprises, il faut l'avouer, la présence sur un forum pour l'emploi est une opération de communication et de marketing. Les collaborateurs, présents sur le stand et qui "animent" souvent plus d'une centaine de forums par an, ignorent le détail des postes à pourvoir au sein de leur entreprise. FEE, fidèle à son engagement associatif citoyen pose alors une question simple : faut-il continuer à entretenir la confusion qui associe le "forum pour l'emploi" à un "forum de recrutement"?

Ce constat est dressé à partir de propos tenus par les décideurs, rencontrés à l'occasion d'une étude conduite par FEE en 2012 et réalisée à la demande d'un grand institutionnel s'interrogeant justement, sur l'efficience des forums pour l'emploi qu'il organise depuis des années. Cette évolution observée des pratiques en cours, est à la source d'un premier malentendu.

 

Pour les visiteurs, le bilan est tout aussi partagé. FEE distingue en outre dans ce public, deux catégories de demandeurs d'emploi qui ne font qu'ajouter à la confusion : les "découragés" et les "obligés". Apparemment provocants, ces qualificatifs méritent explications.

 

Les "découragés" regroupent les demandeurs d'emploi, disposant d'un projet crédible, qui exploitent toutes les pistes possibles pour rebondir. Ils n'en sont pas à leur premier forum, mais ils croient toujours que ce sont des forums de recrutement. Non préparés à ces évènements, ne sachant pas exploiter ce type de rencontres, ils finissent par douter de leur utilité en reportant, à tort, la faute sur les entreprises.

 

Les "obligés" sont les visiteurs qui, pour différentes raisons, ne sont pas encore prêts et manquent de projet précis. Ils sont nombreux et leur présence résulte souvent des fortes incitations des services de l'emploi à s'y rendre. Cela crée un effet de foule, inopérant et contreproductif pour l'ensemble des participants.

 

En fait, il est évident qu'un entretien "forum" est désormais plus proche d'un entretien "réseau" que d'un entretien de "recrutement". Ce n'est pas un hasard si, depuis plusieurs années, FEE propose des ateliers spécifiquement dédiés à ce type de manifestation. Ce manque de préparation marque un nouveau malentendu.

 

Les organisateurs interviennent sur les mises en relation et jouent très tôt un rôle de facilitateur et d'animateur de la vie économique du territoire, en initiant quelques forums. Devant l'inexorable montée du chômage, les responsables politiques veulent montrer leur engagement, en démultipliant à outrance le concept où chaque commune ou presque organise les siens. En outre, la volonté d'éclater de façon excessive ces rencontres par thème [juniors, seniors, diversité, métiers, alternance …] conjuguée aux spécialisations des forums écoles et universités, associée aux initiatives des structures privées qui suivent le marché de l'offre, altère la lisibilité de la démarche et écorne surtout son efficacité.

 

En conséquence, les entreprises sont de moins en moins nombreuses à souhaiter vraiment participer à ces dispositifs et être présentes sur un stand jugé trop cher pour des contacts peu probants. Parallèlement, les "bons visiteurs" désertent, tout en restant dans l'ignorance des réalités des forums pour l'emploi très loin des rencontres-recrutement. C'est encore un nouveau malentendu.

 

FEE, relève ces sources de frustrations multiples et note ce sentiment d'inachevé, ces malentendus croisés et torts partagés par des intervenants aux intérêts divergents. Sans creuser plus le fossé des incompréhensions et accroître les désillusions, il est important de poser de bons leviers de rationalisation, en adéquation avec les besoins et les réalités du marché de l'emploi. Sous cet angle, FEE propose trois pistes :

  • Pour les visiteurs, une préparation est indispensable pour réussir à tirer profit d'un salon. La visite sur un forum pour l'emploi ne s'improvise pas. Il faut avoir la connaissance et donc la maîtrise de l'envers du décor et être en capacité à se présenter avec un projet professionnel crédible, sans lequel un CV, aussi brillant soit-il, n'a aucun sens aux yeux d'un recruteur.
  • Pour les organisateurs, une évaluation de ces rassemblements est nécessaire pour les revisiter, fédérer les synergies, en revoir la fréquence et en améliorer l'efficience, avec comme préoccupation : le maintien du citoyen, sur le territoire, dans une activité professionnelle appropriée au profil.
  • Pour les entreprises, seules décisionnaires en matière de recrutement et attentives à leur attractivité, une meilleure cohérence d'image dans la considération envers les publics reçus est souhaitable. FEE rappelle la règle qui régit, majoritairement les relations entre ces dernières et les postulants non retenus et qui consiste à ne pas leur répondre.

 

Faire se rencontrer des recruteurs et des candidats est une idée simple et généreuse qu'il faut seulement ajuster.

 

Dans cet esprit et malgré les difficultés, FEE maintient, sur ces rassemblements, une présence ciblée et poursuit son travail d'aide et de conseil auprès des visiteurs, pour l'optimisation de leurs approches et contacts.

 

Ils nous ont fait confiance